L'époque archaïque : Ière et IIème dynasties

Vers la fin du IVème millénaire, l'Egypte est divisée en deux royaumes indépendants :

Si la Haute-Egypte était unifiée sous l'autorité d'un souverain unique, il semble que la Basse-Egypte ait été composée d'une fédération de citées du Delta dirigée par un suzerain. La première réunion des Deux Terres se serait opérée vers 3 100 sous l'autorité de Ménès ; celui-ci a établi sa nouvelle capitale, Memphis (les Murs Blancs), près de la jonction des deux royaumes. Basse et Haute-Egypte, tout en restant des entités séparées, sont unies en la personne du roi divin.

Objets lithiques, témoins de la transition entre période préhistorique et pré-dynastique.

Les preuves d'une activité politique donnant naissance à une Egypte pharaonique sont apportées par quelques rares œuvres de la dynastie " 0 ". Ces œuvres montrent la persistance de traditions remontant à la période préhistorique comme le suggère une série de palettes d'ardoise en forme de bouclier ou de grosses têtes de massues votives en ivoire commémorant les victoires des rois sur les champs de bataille : la palette du champ de bataille, celle de Narmer et la massue du roi Scorpion célèbrent ces victoires royales.

D'autres palettes, plus anciennes, étaient certainement utilisées au cours de cérémonies magiques pour assurer le succès de la chasse ; elles montrent des animaux sauvages attaquant le bétail domestique ou des chasseurs poursuivant le gibier. Ces palettes se caractérisent par le désordre et la violence qui y règnent.


Palette des chasseurs (British Muséum)

Palette des quatre chiens (Musée du Louvre)
La palette de Narmer présente une ordonnance logique et une grande sobriété dans le dessin ; cette œuvre fait ressortir les caractéristiques essentielles de l'art pharaonique :
Palette de Narmer (Musée du Caire)

La massue du roi Scorpion est ainsi nommée parce qu'un scorpion surmonté d'une fleur à sept pétales est représenté devant le visage du roi. Au centre de la composition, le roi revêtu de la couronne blanche tient une houe ; devant lui, un serviteur de taille réduite tient le panier qui recevra la terre enlevée par le roi. Derrière le souverain, de petits personnages portent de hauts éventails. Dans le registre supérieur, des personnages pendus à des hampes surmontés d'un animal représentant très probablement les nomes vaincus par le roi de Haute-Egypte

Massue du roi Scorpion (Asholean Muséum - Oxford)

L'architecture

Les édifices de la période préhistorique étaient construits avec des matériaux fragiles et périssables.L'élément le plus représentatif de l'architecture funéraire de la Ière dynastie est le mastaba, superstructure rectangulaire en forme de banquette comportant un axe orienté nord-sud et construit au dessus d'un ensemble souterrain composé de la chambre sépulcrale et de magasins. Les murs de ces superstructures possèdent une légère pente ou fruit ; ce fruit est caractéristique de tous les murs extérieurs des bâtiments dynastiques égyptiens, même ceux en pierre.
Le décor extérieur de ces structures est dérivé du décor de palais dont le modèle est un porche flaqué de tours et de bastions. Les murs étaient formés d'une alternance de saillies et de renforcements. Cette structure est adoptée à la construction en brique d'adobe
Plan et coupe du Mastaba
A : puit d'accès
B : chambre sépulcrale
Mastaba de Meidoum
Détail du mur du mastaba avec succession de redans
Les murs de briques des mastabas royaux mesuraient 6 m de haut et étaient enduits d'un épais lait de chaux qui imitait les draperies tissées. L'édifice funéraire achevé ressemblait à un palais. Le tumulus surmontant le puit du tombeau représentait le monticule originel surgi des eaux du chaos et à partir duquel la création était devenue possible.
Au cours de la période archaïque, le puit s'est transformé ; galeries et chambres lui ont été adjoints ; parallèlement, la superstructure s'est simplifiée et de maison d'éternité, elle est devenu un parallélépipède.

La sculpture

La décoration de ces tombes se limitait au début à des motifs de nattes peintes en noir, rouge, bleu, vert ou jaune sur fond blanc. Peu de pierres sculptées en relief ont été trouvées, mais les accessoires les plus remarquables de ces tombes sont des stèles au sommet arrondi comme celle de Djet.


Pilier du roi Djet (Musée du Louvre)
L'excellent état de cette œuvre permet de voir les détails sculptés : le faucon qui semble prêt à s'envoler obéit à la vision mentale du sculpteur : la queue est vue de dos, dans le prolongement de la tête ; quant au corps, il est de profil. Le faucon est la personnification du dieu Horus, protecteur de la royauté.
Le serpent est l'hiéroglyphe se lisant dj ou le signe qui sert à écrire le cobra.
L'enceinte, c'est l'image du palais, avec ses murs de briques crues rappelant une forteresse pourvue de tours de défense ; les murs, percés de hautes portes, présentent une succession d'avancées et de retraits couronnés d'une corniche. Il faut admirer la finesse du travail de l'artiste qui a rendu la perspective par la succession de portes en enfilade.
A la fin de la Ière dynastie, les tombes des dignitaires étaient marquées par une stèle représentant le défunt assis sur un tabouret ; une inscription hiéroglyphique complète précisait son nom et ses titres.
Dans d'autres reliefs, le maître du tombeau est assis sur une chaise devant un repas funèbre composé de pain et de bière complété des morceaux de volailles. Ces stèles rectangulaires atteindront leur plein épanouissement sous la IVème dynastie. Cette iconographie se retrouvera tout au long des siècles dans l'art funéraire. Les images d'offrandes, après avoir subi les rites de la consécration, étaient considérés comme aussi efficaces que la nourriture enterrée avec le défunt. Elles signifient le renouvellement des offrandes.
Les Egyptiens croyaient que la statue d'une personne pouvait, dans certaines conditions, sinon devenir vivante, du moins s'animer. Une statue pouvait donc recevoir des offrandes comme l'esprit du défunt ou du dieu vivant qu'elle représentait. Ces statues étaient traitées comme des dignitaires vivants, et, dans certains cas, elles pouvaient remplacer les rois au cours de cérémonies auxquelles ils ne pouvaient assister en personne.
Les Egyptiens soulignaient, à travers le rituel de l' "ouverture de la bouche", l'identité sujet et de son image. Cette identité n'était complète que lorsque le nom de son propriétaire était inscrit sur la statue. Le relief ou la statue devenait le réceptacle de la puissance divine. Ce concept de statue comme substitut de la personne vivante imposait au sculpteur de créer un objet conforme aux proportions et à l'aspect naturel.
Très peu d'œuvres datées avec certitude des deux premières dynasties nous sont parvenues ; les statues attribuées à cette période l'ont été en raison de la nature grossière de leur facture et du style archaïque du siège sur lequel est généralement assis le sujet.


Statue du roi Khâsekhem
(Musée du Caire)

Liens

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