Données sur les Hmong.
En 1975, c’est la prise de pouvoir par le Pathet Lao ; un immense exode de population s’en suit. Le Laos est un pays pluri-ethnique. Les Laotiens sont tous les individus de nationalité laotienne ; les Hmong sont donc des Laotiens. Les Lao forment une ethnie faisant parie du groupe Thaï. Les Sino-Laotiens sont nombreux et représentent un groupe important. Il y a ensuite au Laos un nombre important de petits groupes proto-indochinois dont les Khmou avec lesquels les Hmong font des échanges.
De 1975 à 1982, près de 400 000 Laotiens fuient le Laos ; ils représentent 10% de la population totale. Les Hmong constituent la majorité des populations qui quittent leur pays ; ils sont 120 000 dont 85 000 émigrent vers des pays occidentaux (65 000 aux USA, 8 000 en France, 2 000 au Canada, etc.). Pour bien comprendre leur stratégie d’intégration, il faut comprendre la société Hmong et leur trajectoire historique.
Le terme de Hmong n’est pas celui qui désigne ce groupe ethnique au Laos ; ils sont nommés Meo, mais n’ont jamais accepté cette désignation. Ils se revendiquent comme Hmong (L’Homme). Le terme de Méo leur a été attribué par les Chinois. Les Hmong sont des aborigènes de Chine, du groupe Miao-Yao. Depuis la prise de pouvoir des Han, ils ont été suomis à un processus de sinisation important ; les Chinois distinguent les shu miao (Miao cuits) c’est-à-dire sinisés des sheng miao (Mioa crus) plus récalcitrants à l’emprise étatique. Ils se sont révoltés deux fois au cours de la seconde moitié du XIXème siècle. La répression chinoise a été violente ce qui a causé leur départ vers l’Indochine (Nord Tonkin et Nord Laos). Les Hmong ont déjà connu l’expérience de l’exil forcé.
Arrivés au Laos, ils sont mal accueillis par les Lao et sont repoussés vers les hauteurs des massifs montagneux et forestiers. Ils s’établissent dans les montagnes et pratiquent une agriculture sur brûlis (essartage) et itinérante. La population Hmong est semi-nomade ; ils s’adaptent à l’environnement que leur a laissé les Lao. Ils constituent une minorité ethnique.
Les Hmong constituent une société acéphale ; il n’y a pas de chefferie stable ; c’est une société sans Etat au sein du système royal laotien. Le pouvoir passe par le système de parenté ; les clans sont patrilinéaires et exogamique. La société Hmong est égalitaire, sans structure pyramidale. Le pouvoir ne dépasse pas le cercle du lignage. Il n’existe pas dans le langage hmong de terme qui marque une supériorité ou une infériorité. D’autre part, il n’y a pas de religion culturelle bien déterminée comme le bouddhisme qui est pratiqué au Laos. Leurs croyances s’organisent autour de rites chamaniques et funéraires. La transmission de lâme vitale à travers des générations alternées assurent la reproduction symbolique de ce groupe ethnique non territorial.
Les Hmong sont dominés par les Lao et par les Sino-laotiens qui sont essentiellement des commerçants colporteurs. Mais les Hmong sont dans une position dominante par rapport aux Khmou qui sont considérés comme des sauvages. On est toujours le sauvage de quelqu’un.
Le contact avc les Lao sont difficiles ; les Hmong doivent se conformer à leur place, sans l’accepter ; celle-ci leur est imposée : les enfants Hmong n’ont pas le droit à l’éducation du système lao, aussi se rapprochent-ils des autorités françaises. Les Français jouent la carte des Hmong en leur accordant des privilèges et en les intégrant dans l’administration. Pendant la seconde guerre mondiale, les cadres français organisent à partir des zones Hmong des maquis de résistance à la présence nipponne. Puis, les Hmong fourniront de nombreuses unités supplétives dans la lutte contre le Viet-mhin. Enfin, ils se rangeront derrières les unités spéciales américaines dans la lutte contre le Pathet Lao.
L'insertion des Hmong en France : une insertion professionnelle uniforme.
Les Hmong occupent pratiquement tous des emplois identiques.
Les Hmong sont disséminés dans toute la France au sein de centre d’accueil ; leur présence ne doit être que provisoire dans ces centres. Les autorités avaient fait le pari, compte tenu de leurs origines semi-nomade vivant de l’agriculture que les Hmong seraient mieux insérés dans le milieu rural. Ils vont donc s’installer dans le Limousin, les Cévennes, la Corrèze, des zones rurales défavorisées qui souffrent d’un déficit de main d’œuvre. Or c’est un échec car les Hmong ne supportent pas l’isolement dans les campagnes françaises. Ils veulent vivre regroupés en communautés.
Les Hmong s’installent donc dans les villes où ils peuvent reconstituer leur communauté. Ils sont confrontés aux emplois urbains. L’idée a été de diriger les Hmong vers les petites structures telles que les PME/PMI. Là encore c’est un échec car les emplois proposés ne leur conviennent pas : ils ne supportent pas la structure paternalisme des petites entreprises. Les relations de proximité du paternalisme les choque. Ils ne savent pas comment traiter avec le patron sans que les deux protagonistes de la discussion ne perde la face.
Ils préfèrent s’orienter vers les grandes entreprises comme Michelin car cela leur permet une attitude de réserve, de repli, une solution qui leur permet de conserver la face. Dans le travail traditionnel, les Hmong pratiquaient l’aide réciproque. L’aide, le travail est un échange de don et de contre-don. Or dans les usines, il s’agit d’une autre rationalité : c’est le domaine de la division du travail qui est basée sur l’emploi et la gestion du temps, notion totalement inconnue dans la société hmong traditionnelle. Le travail leur donne un sentiment d’aliénation, de perte d’identité.
L’exil n’est pas un drame pour les Hmong. Ils n’ont pas tout perdu dans l’exil : il y a eu création de nouvelles relations inter et intra-ethniques avec d’autres asiatiques. Ces nouveaux rapports sont positifs pour les Hmong.
· Au niveau intra-ethnique. L’exil produit un certain nivellement social. Les Hmong vont connaître une nouvelle différenciation sociale. En raison de leur soutien à la politique française, puis américaine, certains Hmong ont peu a peu acquis une position privilégiée. L’exil a nivelé toutes ces positions : l’adjudant se retrouve OS chez Michelin, comme le simple cultivateur.
L’exil renforce la solidarité et l’identité Hmong.
Bibliographie
Hassoun : Les Hmong réfuigés en France - PUF - 1997
Hassoun : Les Hmong à l’usine in Revue française de sociologie - 1988.
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