Le Maroc et l'Afrique


Le Maroc est le seul pays du Maghreb a avoir eu des relations multiséculaires avec l'Afrique noire en raison des routes caravanières qui partaient du Maroc pour rejoindre l'Afrique noire. Ce contact avec les pays du Soudan et de la Guinée, nom donné par les Berbères au pays des Noirs (1), s'est poursuivi jusqu'à l'époque contemporaine.
Ces contacts ont été non seulement économiques (or du Bambouk, du Mali, du Bouré) mais aussi intellectuels et artistiques. En effet, c'est par ces routes caravanières de l'ouest africain que l'islam a pénétré dans les régions sahéliennes d'Afrique noire, notamment à travers les zaouias marocaines (influence tidjane dont l'origine remonte à Si Ahmed Tidjani qui a créé un ordre à Fez en 1765) (2).
La Maroc a donc de tous temps été tourné vers l'Afrique noire et le Sahara dans ces confins de l'ouest africain, loin de séparer les hommes les rapprochent. Berbères et Noirs possèdent les mêmes caractéristiques civilisationnelles : « placer la collectivité au-dessus de l'individu et offrir un champ propice au développement de l'idéal religieux musulman ». (3)
Depuis son indépendance, la politique marocaine est basée sur la recherche de sa grandeur passée : retrouver les frontières d'un grand Maroc. Pays africain, le Maroc a du couler sa politique dans le moule de l'O.U.A., non sans difficultés, en raison des principes de cette organisation qui fait du maintien des frontières héritées de la colonisation le credo de toute politique étrangère.
La question qui se pose est de savoir comment le Maroc a adapté sa politique africaine afin de conserver ses prétentions sur les territoires qui forment le grand Maroc. Après avoir montré les fondements de ce grand Maroc et l'importance de cette question des frontières dans la vie politique du pays, une étude des diverses interventions sur le continent africain montrera les limites de la politique marocaine. Enfin, la question du Sahara occidental, l'Alsace-Lorraine du Maroc, constitue le pivot de la politique continentale du royaume chérifien.

I.- Les fondements historiques d'un « Grand Maroc »

Pendant tout le Moyen-Age et l'époque moderne, le Maroc a été soumis a une double pression :

  1. celle des rois chrétiens de la péninsule ibérique qui effectuent la Reconquista et qui chassent peu à peu les Maures d'Espagne. Notons que le terme de Maure employé pour désigner les conquérants musulmans de la péninsule ibérique est significatif et prend bien en compte à la fois le relais pris par les Berbères lors que l'expansion de l'Islam ainsi que les différentes évolutions qui ont accompagné la transformation politique des émirats d'Espagne.
  2. celle des différentes tribus du « grand sud marocain » qui a continuellement contribué au renouveau de l'expansionnisme berbère. Quatre grandes périodes, qui se traduisent à chaque fois par une conquête, une apogée relativement brève et une décadence due à une succession de conflits entre les divers prétendants pour la conquête du pouvoir, peuvent être considérées :
    • les Almoravides tirent leur nom de al Morabethin, ceux du Ribat ; il s'agit de tribus originaires des zones sahariennes du sud du Maroc actuel et du Nord de la Mauritanie. En 1059, ils occupent tout le Maroc et leur chef, Ibn Tachfin fonde Marrakech. Il soumet la côte méditerranéenne d'Afrique jusqu'à Alger. Son fils Ali est à la tête d'un empire qui s'étend du Sénégal à l'Ebre (Espagne) mais dont l'unité est fragile. Il doit faire face à la révolte d'Ibn Toumet.
    • les Almohades (de Mouhaidine : ceux qui prêchent l'unité de Dieu) se sont opposés aux Almoravides. Leur chef Ibn Toumet, puis son fils Abd er Nouami s'emparent de Marrakech (1147). Yacoub el Mansour (1184-1199) porte l'empire almohade à son apogée que se soit sur le plan territorial (jusqu'à Constantine, l'Ebre et le Sénégal) ou sur le plan culturel (présence d'Avéroes à la cour). Mais à sa mort, l'empire se disloque.
    • les Saadiens (tribu arabe des Beni Saad installée dans le Sud marocain depuis le XIIème siècle) menacent au XVème siècle l'autorité des émirs de Marrakech. Abd el Malik (1576-1578) organise le Maroc, se dote d'une armée puissante et entreprend de reprendre les comptoirs aux Européens (Portugais et Espagnols). Il brise l'invasion portugaise à la bataille des trois rois (1578). Son frère Abd el Mansour (1578-1603) porte à son apogée la dynastie saadienne et envoie, sous la direction de Djouder, une expédition conquérir l'empire songhraï de Gao. Les conquérants marocains seront rapidement abandonnés par le pouvoir central à la suite des troubles qui caractérisent la succession d'Al Mansour.
    • les Alaouites. Dans le Sud, les Chorfa alaouites (descendants d'Ali, gendre de Mahomet), installés dans l'oasis du Tafilalet depuis le XIIIème siècle, ont pour chef Mahamed ech Cherif (1631). Son successeur étend sa puissance jusqu'à Laghouat et Tlemcen, mais les Turcs le contraignent à se retirer au delà de la Tafna. En 1666, Moulay Rachid est maître du Rif et s'empare de Fez ; il se proclame sultan. Il entreprend alors la conquête de tout le Maroc, soumet les marabouts du Sous. Son fils, Moulay Ismail (1672-1727), fait du Maroc la principale puissance du Maghreb et de Meknes, sa capitale, un Versailles marocain. Ses descendants assureront le gouvernement du pays jusqu'à Moulay Abd er-Rhamane (1822-1859) qui s'oppose à l'installation des Français en Algérie. Il est contraint de signer, avec le gouvernement français, la convention de Tanger (10 septembre 1844) par laquelle il s'engage à ne fournir aucune assistance aux ennemis de la France. La délimitation entre l'Algérie et le Maroc donne lieu à un traité (18 mars 1845) où la frontière est précisée entre la mer et le col de Teniet el-Fasi. En ce qui concerne le Sud, « dans le Sahara, était-il ajouté, il n'y a pas de limite territoriale à établir entre les deux pays puisque la terre ne se laboure pas et qu'elle sert seulement de pacage aux Arabes... » (4). Le roi Hassan II est le descendant de Moulay Abd er-Rhamane.

Cette rapide histoire du Maroc précolonial montre que les différents souverains marocains sont originaires des confins sahariens et qu'ils ont, à chaque fois, conquis le Nord. Le berceau des dynasties marocaines se trouve au Sud, au-delà du « Maroc utile ». Les souverains sont les descendants de tribus nomades ou bédouines. Ce ne sont pas des Arabes, mais des Berbères dont l'ensemble formé par la zone se situant entre l'Atlas et le fleuve Sénégal constitue les terrains de parcours habituels.

II.-L'importance de la question des frontières dans la vie politique.

Lorsque le Maroc accède à l'indépendance, en 1956, il est le premier et seul pays africain à former une nation. En effet, le Maroc est un des rares pays à avoir été politiquement organisé et à avoir possédé des structures étatiques proches de celles en vigueur dans le monde « civilisé ». Lyautey déclarait : « Au Maroc, nous nous sommes trouvés en face d'un empire historique et indépendant, jaloux à l'extrême de son indépendance, rebelle à toutes servitudes qui, jusqu'à ces dernières années, faisait figure d'Etat constitué, avec sa hiérarchie de fonctionnaires, ses représentations à l'étranger » (5).
Il s'en suit que dans toutes ses revendications, le Maroc fera référence à la notion de souveraineté attestée par des actes diplomatiques mais qui lui est refusée par la France et le tribunal international de La Haye. On se trouve dans ce cas devant un problème interculturel. Le duc d'Almovar reconnaît d'ailleurs ce problème implicitement devant les Cortes espagnols en 1903 : « Qu'est ce qu'en réalité l'empire du Maroc ? Il ne constitue pas une entité internationale telle que nous considérons les Etats souverains, mais c'est un territoire immense peuplé de tribus dont le seul lien est la religion. Ces tribus n'ont pas le sens de la soumission à caractère politique au Sultan. C'est pour cela qu'il n'y a pas un géographe capable aujourd'hui d'établir ses limites » (6).
Depuis le congrès de Vienne, (1815), les relations internationales concernent des Etats, c'est-à-dire des territoires délimités par des frontières à l'intérieur desquelles vit une population organisée politiquement sous forme d'Etat. Cette conception est encore actuellement en vigueur et c'est sur ces bases que fonctionne l'ONU.
Or en terre d'islam, la souveraineté répond à d'autres critères. Le territoire ou Dar el islam est lié à l'Umma, c'est-à-dire à la communauté des croyants dont le seul lien est la religion musulmane. Le territoire est donc fondé sur un jus religiosis (par opposition au jus loci occidental). Dans ces conditions, le territoire ne saurait être lié à l'Etat qui est une forme d'organisation politique occidentale. Son équivalent, en terre d'islam, est l'organisation religieuse basée sur l'islam et qui mêle pouvoir spirituel et temporel. Il en résulte que la notion de territoire occidentale est statique, c'est-à-dire déterminée par des limites le circonscrivant, le territoire musulman est par nature dynamique car il se développe autour de la communauté des croyants et fluctue donc avec son extension ou sa récession. Si l'islam a réussi à regrouper la communauté musulmane au sein de l'Umma, jamais il n'a réussi à imposer un système politique unique.
Si la notion de territoire diffère selon les conceptions musulmanes et occidentales, il en est de même pour la question de souveraineté. L'institution de l'autorité publique est d'essence coranique : « Ceux qui te prêtent serment d'allégeance ne font que prêter serment à Dieu. La main de Dieu est posée sur leurs mains. Quiconque est parjure est parjure à son propre détriment. Dieu apportera bientôt une récompense sans limites à quiconque est fidèle à l'engagement pris envers lui » (7). Le sultan est un chef temporel et religieux. La souveraineté du sultan ne découle pas de sa personne mais du corps social que constitue la communauté des croyants ; celle-ci a investit un chef au moyen d'un acte d'allégeance (Bay'a). L'investiture du sultan repose donc sur un contrat : la communauté choisit un chef qui s'engage à la diriger ; en contre partie les membres de la communauté doivent obéissance au sultan qu'ils ont proclamé selon la loi du Prophèe. C'est ce serment d'allégeance qui en fait des sujets du sultan. Le jus fidei est donc le fondement de la souveraineté qui s'étend aussi loin que les membres de la communauté lui proclament allégeance. La souveraineté est donc fluctuante et épouse les contours du territoire.
La position marocaine ne peut se comprendre que si l'on a présent à l'esprit son argumentation fondée sur les modes de vie musulmans. Pendant toute la période du protectorat (français et espagnol) le Maroc n'a pu faire valoir ses vues. Mais dès après la seconde guerre mondiale, de nombreux auteurs et penseurs marocains vont expliciter cette thèse.
Dès 1948, Allal el Fassi expose, à partir du Caire, sa thèse concernant un grand Maroc. En août 1956, au lendemain de l'indépendance, son parti, l'Istiqlal adhère a sa vision et adopte une motion demandant « l'élimination des menaces qui pèsent encore sur la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale par la fixation du tracé des frontières marocaines conformément à la réalité géographique et historique qui traduisent les aspirations des habitants depuis Tanger jusqu'à Chinguetti » (8).
Les dirigeants marocains n'auront de cesse de réclamer la libération et le retour des territoires suivants :

Ces revendications se trouvent au centre de la politique marocaine vis-à-vis de l'Afrique noire ; il va s'agir de recueillir l'adhésion à ses vues de certains Etats africains dès qu'ils accéderont à l'indépendance. La politique marocaine s'infléchira en fonction de cette donnée et les soutiens apportés à certains régimes sont la conséquence de cette politique du grand Maroc à travers les trois grandes questions que représentent :
  1. la frontière de la Mauritanie ;
  2. la frontière algéro-marocaine ;
  3. la question du Sahara occidental.

III.- La frontière avec la Mauritanie.

La première revendication marocaine concerne la Mauritanie ; elle a lieu peu après l'indépendance, notamment au moment où s'instaure la Communauté française. Cette question Mauritanienne va avoir trois conséquences :

  1. un différend entre la France et le Maroc au sujet de la Mauritanie;
  2. l'intervention marocaine dans la sécession katangaise
  3. la formation d'un groupe de pays luttant contre la colonisation, le groupe de Casablanca.

Le déroulement du différend franco-marocain au sujet de la Mauritanie.

Dès le 17 août 1956, le président du Conseil de la couronne annonçait que le Maroc s'en tiendrait à ses frontières historiques. Le 27 juillet, Mohamed V, recevant une délégation mauritanienne déclarait : « Chenguit a toujours été pour le Maroc la citadelle d'une culture arabe qui a doté celui-ci pendant des périodes continues de professeurs et de grands hommes de lettres qui avaient laissé des traces visibles dans le courant de la vie scientifique de ce pays ». A la suite de quoi, le sultan désigne deux délégués ordinaires du Sahara à l'Assemblée nationale et crée, le 10 novembre 1957, une direction des affaires sahariennes et frontalières auprès du ministère de l'Intérieur qu'il confie à El Fassi.
Le 25 février 1958, le sultan Mohamed V prononce un discours remarqué à M'hamed-el-Ghislane, « aux portes du S ahara ». « Et ce qui fait notre joie c'est d'être reçu au village de M'Hamed, qui est la porte du sahara marocain, par les fils de ceux qui ont reçu notre aïeul dans un autre village, des Regueibat, des Tekna, des Ouled Delim et d'autres tribus de Chenguit, et de les entendre accompagnés d leurs hommes de loi et de lettres, nus réaffirmer - comme leurs pères l'ont fait à notre aïeul leur attachement au trône alaouite et leur appartenance au Maroc par des liens étroits t qui ne peuvent être tranchés. (...) Nous réaffirmons à notre tour que nous continuerons à œuvre en tout ce qui est notre pouvoir pour recouvrer notre Sahara et tout ce qui, par le témoignage de l'histoire, et par la volonté des habitants, revient de droit à notre Royaume » (9). En mars 1958, le sultan crée une commission d'études consultatives sur les questions sahariennes présidée par Ben Barka avec El Fassi et Maa el Aïnin, le cheik de Smara - Rio de Oro et Saguiet el Hamra - comme membres.
Pendant ce temps, l'Armée de libération nationale du Maroc prend le contrôle des tribus de la Seguiet-el-Hamra et du Rio de Oro et installe partout un embryon d'administration. Cette armée est à pied d'œuvre pour une action en direction de la Mauritanie et comprend près de trois mille hommes. Les gouvernements français et espagnols montent alors une opération commune connue en France sou le code « opération Ecouvillon ». En quinze jours, l'Armée de libération doit se replier au-delà du parallèle 27°40. Le Maroc ne réussira pas à libérer le territoire mauritanien. Il ne lui reste plus que la voie diplomatique.
En 1959, le Maroc décide donc de saisir l'ONU de la question mauritanienne, mais Mokhtar Ould Daddah, le chef du gouvernement mauritanien demande à la Ligue arabe de ne pas soutenir les revendications marocaines, d'autant que l'indépendance des colonies françaises approche. La Guinée a déjà obtenu son indépendance depuis le 3 octobre 1958 ; les pays formant la Communauté française prennent peu à peu quelques distances avec Paris. L'indépendance de la Mauritanie, le 28 novembre 1960 sonne provisoirement le glas des prétentions marocaines sur une partie du Sahara.
Il ne reste plus au gouvernement du sultan que de trouver des appuis auprès des chefs d'Etats qui accèdent à l'indépendance en cette année 1960. C'est dans ce cadre que le Maroc va intervenir dans la sécession katangaise.

La philosophie de l'intervention congolaise

Lorsque le Congo belge accède à l'indépendance, le 30 juin 1960, des troubles éclatent très rapidement dans différents points du territoire, notamment au Katanga (actuelle province du Shaba). Moïse Tshombé, soutenu par les industriels belges, veut faire sécession et reproche à Lumumba, jeune premier ministre de la République du Congo, son orientation marxiste. Le combat de Lumumba passera très vite comme une volonté de faire échec aux menées néo-coloniales de la Belgique et Moïse Tshombé sera dénoncé comme un « mercenaire » à la solde des intérêts coloniaux.
Le 13 juillet 1060, Patrice Lumumba lance un appel pour une assistance militaire de l'ONU, occasion que le Maroc va exploiter. Trois jours plus tard,le Maroc annonce sa décision d'envoyer des troupes au Congo sous l'égide de l'ONU, soit 3.200 soldats pour aider Lumumba à surmonter la crise katangaise.
Le Maroc recherche par cette action une double effet :

Le Maroc s'imbrique donc dans l'intervention onusienne pour initier sa stratégie de pays anti-colonialiste en attendant de porter la bannière des pays progressistes ou se présentant comme tels.

L'instrumentalité diplomatique du groupe de Casablanca.

Le Maroc sait que la bataille pour le Grand Maghreb sera dorénavant une bataille essentiellement diplomatique menée au sein d'organisations internationales. La prise en compte et l'adaptation à cette nouvelle donne contraint le Maroc à s'engager dans la recherche de soutiens politiques dans diverses aires géopolitiques dont la principale est l'Afrique noire. Or la majorité des dirigeants africains des Etats nouvellement indépendants sont des modérés qui se regroupent sur la base de leurs convergences idéologiques et politiques. Certains dirigeants sont convaincus de la nécessité de continuer avec la France une coopération étroite.
La revendication marocaine qui contestait la base territoriale de la Mauritanie représentait un danger pour les pays nouvellement indépendants. Si les bases territoriales n'étaient pas garanties, alors aucun Etat ne pouvait envisager un avenir serein. Ces pays se regroupent donc à Brazzaville (pays francophones), puis à Monrovia (pays francophones, anglophones et indépendants).
Néanmoins le Maroc va trouver un écho favorable auprès de certains pays africains. Le Maroc explique que le conflit qu'il oppose à la France au sujet de la Mauritanie est un conflit colonial et le combat qui s'engage est un acte anti-colonialiste et anti-néocolonialiste. L'indépendance de la Mauritanie est présentée comme un acte néocolonial visant à amputer le territoire marocain. Cinq pays vont présenter la sensibilité souhaitée par Rabat à son discours idéologique :

Tous ces pays se rejoignent, pour constituer la base d'un front idéologiquement opposé aux thèses françaises, à Casablanca (4 au 7 janvier 1961). La diplomatie prend la tête d'un regroupement de pays progressistes pour faire aboutir ses propres objectifs nationaux. En effet, les pays présents adoptent une motion soutenant les prétentions du Maroc et toute action menée en Mauritanie pour y retrouver ses droits légitimes. Mais très rapidement ces pays reconnaîtront l'indépendance de la Mauritanie conduisant à l'effondrement du dispositif diplomatique marocain..
Cette question mauritanienne a eu des conséquences particulièrement importantes dans la politique intérieure du pays. En effet, lors de la constitution des forces royales marocaines, le gouvernement va inclure les tirailleurs ayant servi la France au détriment des soldats de l'Armée de Libération qui ont combattu pour la constitution du Grand Maroc. Il s'en suit un grand ressentiment de la part de ces combattants dont la plus grande partie sont originaires du sud marocain et des territoires sahariens.
De son côté, la France, qui n'a pas donné satisfaction au Maroc sur la question mauritanienne, veut faire un geste et propose d'étudier une rectification de la frontière du côté algérien.

IV.- L'opposition avec Alger

Cette question qui oppose l'Algérie et le Maroc concerne le tracé frontalier dans la région de Figuig. L'absence de convention fixant la frontière au sud du col de Teniet el-Fasi et le rattachement de toute la zone sud à l'Algérie à partir de 1934 est à l'origine de la revendication marocaine qui concerne « toute la région située au nord de Tindouf et de Tabelbala, c'est-à-dire une zone située depuis le 30° Nord de Guir, jusqu'au territire mauritanien ». (10) Il s'agit en fait d'une bande de terres le long du Drâa. Les sultans avaient protesté plusieurs fois des grignotages effectués par l'administration française.
Le sultan du Maroc refuse de discuter de cette question avec la France pour deux raisons :

Le 6 juillet 1961, un protocole d'accord entre le gouvernement du Maroc et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) marque clairement les positions en présence : Rabat soutient le GPRA dans ses négociations avec la France sur la base du respect et de l'intégrité du territoire algérien ; le GPRA reconnaît le problème posé par la délimitation imposée arbitrairement par la France entre les deux pays et qui trouvera ultérieurement sa solution dans des négociations entre les deux gouvernement. Ce protocole précise dans son dernier paragraphe : « De ce fait, le Gouvernement provisoire de la république algérienne réaffirme que les accords qui pourront intervenir à la suite des négociations franco-algériennes ne sauraient être opposables au Maroc quant aux délimitations territoriales algéro-marocaines ». (11). Cela signifie que les dispositions qui seront prises entre la France et le GPRA, notamment dans les questions de délimitations frontalières ne pourront servir de base à un refus algérien quant aux revendications marocaines. Les deux gouvernements décident d'ailleurs la création d »'une commission algéro-marocaine pour procéder à l'étude et à la solution de ce problème dans un esprit de fraternité et d'unité maghrébine.
Mais le gouvernement de l'Algérie indépendante n'est pas disposée à reconnaître l'esprit de cet accord. En effet, en mars 1963, lors de sa visite officielle à Alger, le sultan Hassan II reçoit du président algérien Ahmed Ben Bella l'assurance que la question des frontières sera étudiée rapidement. Mais à son retour de nombreux marocains sont expulsés d'Algérie. La tension monte très rapidement et des affrontements ont lieu le ç octobre dans la région de Tindouf. Une guerre larvée commence.
Parallèlement, le Maroc joue une partie difficile dans le domaine diplomatique à Addis-Abeba. En effet, les pays africains, représentant les groupes de Casablanca (progressistes) et de Monrovia (modérés) se réunissent sous la houlette du Négus Hailé Séilassié dans la capitale éthiopienne. Ils adoptent une Charte créant l'organisation de l'Unité africaine. Le président mauritanien Mokhtar Ould Daddah étant présent, le souverain du Maroc ne participe pas à la conférence des chefs d'Etat et ne signe pas la Charte. En effet, celle-ci dans son article 3, paragraphe 3 prévoit : « le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque Etat et son droit inaliénable à une existence indépendante » ce qui se traduit par le principe de l'uti possidetis juris c'est-à-dire le respect des frontières héritées de la décolonisation.
Le Maroc émet une réserve à cet article lorsqu'il adhère à la Charte en septembre 1963 : « Le gouvernement de Sa Majesté n'entend renoncer d'aucune façon à ses droits légitimes dans la réalisation pacifique de l'intégrité territoriale du royaume dans ses frontières authentiques ». Cela signifie que le Maroc, en souscrivant à la Charte, n'entend aucunement renoncer à la poursuite de la réalisation de son intégrité territoriale.
Ne reconnaissant pas la Mauritanie, le Maroc ne pouvait soumettre le contentieux frontalier à l'OUA ; il n'en est pas de même pour l'Algérie dont le Maroc reconnaît l'existence. Le différend algéro-marocain est donc transmis à l'OUA à l'issue de la conférence de Bamako (octobre 1963), tenue sous les auspices de Modibo Keita. Un cessez-le-feu est néanmoins signé entre les protagonistes. Mais la conférence des ministres des Affaires étrangères de l'OUA se réunissant du 15 au 18 novembre se déclarait incompétente pour juger sur le fond et la forme en la matière. Le Conseil décidait de créer une commission « ad hoc » de règlement fonctionnant sur le principe de décisions unanimes.
Lors de sa réunion à Tanger (janvier 1967) elle recueillait l'assurance d'Hassan II de parvenir à une solution négociée. Le 15 janvier 1969, le traité de fraternité, de bon voisinage et de coopération d'Ifrane traçait le cadre juridique du règlement définitif : respect du statu quo territorial en application des principes posés par la Charte de l'OUA, principes réaffirmés lors du communiqué commun de Tlemcen (27 mai 1970) ; il s'agit de la création d'une commission mixte pour procéder au bornage de la ligne frontalière entre les deux Etats.
Enfin, le président Boumedienne et le roi du Maroc signent, à l'occasion de la IXème conférence des chefs d'Etat de l'OUA à Rabat - 12 au 15 juin 1972 - l'accord frontalier tant attendu. Tindouf restera en territoire algérien. L'accord signé par le roi n'a jamais été ratifié par le Parlement marocain
. Parallèlement a lieu la normalisation des relations maroco-mauritaniennes : reconnaissance de la République Islamique de Mauritanie et établissement de relations diplomatiques. En décembre 1969, les deux Etats concluent à Casablanca un traité de solidarité, de coopération et de bon voisinage sans se référer à la question de l'intangibilité des frontières (cf. Ifrane) ; les relations diplomatiques sont officiellement établies le 6 janvier 1970.
Algérie, Maroc et Mauritanie ont réglé leur contentieux ; ils peuvent participer à la décolonisation du Sahara occidental d'autant plus que depuis la résolution 2229 de l'Assemblée générale de l'ONU en date du 20 décembre 1966, les trois pays sont associés à la préparation du référendum d'autodétermination qui doit être organisé par l'Espagne

V.- La question du Sahara occidental ou l'Alsace-Lorraine du Maroc.

L'Espagne, mise en demeure par le Comité de décolonisation de l'ONU, d'accorder l'indépendance au Sahara espagnol envisage, au début des années soixante-dix, son émancipation par le biais d'un référendum conformément aux prescriptions de l'ONU et de la Cour internationale de justice. En effet, celle-ci, saisie par le Maroc, estimait qu'un « lien juridique d'allégeance entre le sultan et certaines - mais certaines seulement - des tribus nomades de ce territoire » mais qu'on ne trouvait aucune trace de souveraineté au moment de la colonisation espagnole, que ce soit vis-à-vis du Maroc ou de la Mauritanie (12).
Le Maroc s'oppose avec énergie à cette marche vers l'indépendance du Sahara. Le Maroc va donc entreprendre une colonisation pacifique de cette terre en dirigeant une « marche verte » (février 1975). Le contexte de la fin de pouvoir du général Franco va précipiter les événements. Le 14 novembres 1975, l'Espagne signait avec le Maroc et la Mauritanie un accord tripartite par lequel elle déclarait abandonner le Sahara occidental aux deux pays et s'en retirer officiellement en février 1976.
Après un bref semblant de caution algérienne à l'accord de Madrid, on assiste à un volte à face du gouvernement Boumedienne. Le dossier saharien va prendre une dimension régionale et interafricaine car l'Algérie apparaît décidée à faire échec aux stipulations de l'accord de Madrid qui avait bousculé un fragile équilibre maghrébin. Quels sont les enjeux du Sahara occidental ?

Pour contrer le Maroc, le gouvernement algérien soutient le mouvement Polisario (Front populaire pour la libération de la Saguiet el-Hamra et le Rio de Oro). En effet, séduits par le socialisme algérien, les anciens de l'Armée de libération marocaine qui avaient combattu pour l'indépendance de cette région entre 1953 et 1959, se regroupent dans ce Polisario. Ils sont opposés au régime marocain qui leur avait préféré les anciens tirailleurs de l'Armée française lors de la constitution des forces armées royales marocaines. En 1976, le Polisario se dote d'une instance gouvernementale et crée la République arabe démocratique sahraouie (RADS). L'Algérie lui permet d'utiliser son territoire comme base arrière, contrairement aux dispositions de la charte de l'OUA. La Libye viendra soutenir la politique algérienne dans ce domaine.
Les implications diplomatiques du conflit du Sahara occidental vont foncer ls nouvelles manoeuvres africaines de la diplomatie marocaine. Il s'agit d'obtenir le soutien d'un certain nombre de puissances afin de faire barrage à la politique algérienne, menée par Abdelaziz Bouteflika, et qui vise à la reconnaissance de la RADS.
Le Maroc va donc s'impliquer, en tant que puissance régionale, dans le questions de sécurité intérieure et extérieure de certains Etats africains afin de contrer l'offensive diplomatique algéro-libyenne. Les rivalités Est-Ouest sont plus aiguës qu'au début des années soixante (1975 : décolonisation des territoires lusophones et début de guerres civiles dans ces pays). La Maroc va apporter son aide aux pays modérés dont il se sent, en tant que monarchie, plus proche.
L'alliance Maroc-Mauritanie présente un triple avantage pour Rabat :
  1. elle désamorce la rivalité naissante entre les deux pays pour le contrôle du Sahara occidental ;
  2. elle neutralise l'action de la Mauritanie à l'égard de l'Algérie et du Polisario en l'impliquant à ses côtés dans le conflit ;
  3. elle permet au Maroc de mobiliser et d'obtenir le soutien des amis arabes et africains de la Mauritanie.
Même lorsque la Mauritanie sortira du conflit, après le coup d'Etat renversant le président Moktar ould Daddah, les relations entre le Maroc et la Mauritanie resteront au beau fixe. Le Maroc interviendra d'ailleurs au profit de la Mauritanie lorsqu'en 1989, des affrontements sanglants opposeront Sénégalais aux Mauritaniens, à Dakar et à Nouakchott. Le Maroc enverra ses avions de transport participer au pont arien mis en place par la France pour rapatrier les deux communautés vers leurs pays d'origine. D'autre part, le Maroc a tenu à ce que la Mauritanie fasse partie de l'Union du Maghreb arabe (mars 1989).
Le Maroc va s'efforcer d'apparaître comme le chef de file et le garant de la stabilité en Afrique subsaharienne. Les événements du Zaïre vont lui permettre de démontrer cette volonté : Le Maroc veut éviter de prêter le flanc à la critique de certains pays africains, mais montre sa capacité à intervenir loin de ses bases et à jouer un rôle stabilisateur dans la région. Mais ce qui est plus important, c'est que sur le plan diplomatique Rabat assimile le dossier du Shaba à celui du Sahara occidental.

Trois messages sont donc sous-jacents à l'intervention marocaine :

  1. option du Maroc pour le camp des pays africains modérés et pour la stabilité en Afrique subsaharienne ;
  2. option du Maroc pour le camp occidental ;
  3. Shaba / Sahara même type de conflit.
L'objectif est d'obtenir le soutien des pays modérés africains dans le dossier du Sahara occidental sur la base politico-idéologique : Shaba - Sahara occidental - déstabilisation de l'Afrique par les pays progressistes. Mais la présentation du conflit en termes idéologiques conforte la thèse algérienne du complot contre-révoltionnaire et entraîne ainsi une meilleure adhésion des pays africains progressistes à la politique d'Alger. La diplomatie marocaine va connaître des déboires sur trois registres : En juin 1981, à la conférence de Nairobi, le Maroc accepte le principe d'une autodétermination des populations du Sahara occidental. Mais l'admission surprise de la RADS, en février 1982, sur l'initiative du secrétaire général de l'OUA, Edem Kodjo, amène dix-huit pays à suspendre leurs travaux au conseil des Ministres (1982) en signe de protestation, et l'Organisation ne peut se réunir à Tripoli, le quorum n'étant pas atteint. L'OUA est au bord de l'éclatement. Or l'OUA représente le mythe de l'unité africaine ; elle est garante d'un certain ordre et d'un statu quo. En 1983, au sommet d'Addis-Abeba, la RADS est admise sans autre forme de procès. Le Maroc quitte l'organisation de l'unité africaine.
On se trouve devant la situation où un Etat, possédant un territoire, disposant d'une existence internationalement reconnue ne fait pas partie de l'Organisation de l'unité africaine, alors qu'un gouvernement sans représentativité mais bénéficiant de l'appui de la puissance hébergeante fait partie de l'OUA. La position marocaine va être de plus en plus isolée au sein de l'Afrique subsaharienne.
Le gouvernement marocain va donc jouer sur les divers événements pour réamorcer une bataille diplomatique. Tout d'abord, le Maroc va obtenir le lâchage du Polisario par la Libye. En échange d sa neutralité dans l'affaire tchadienne, le Maroc obtient que la Libye abandonne tout soutien au Polisario. En effet, en 1983, au plus fort de l'intervention libyenne au Tchad, la France et les Etats-Unis voulaient que le Maroc intervienne. Hassan II négocie avec la Libye sa non intervention au grand déplaisir de la France (traite d'Oujda).
Dans un deuxième temps, le Maroc va jouer la carte du référendum. Pour cela, le gouvernement de Rabat donne la priorité au Sahara occidental dans son plan sur la régionalisation : entre 1976 et 1989, le Maroc a investit environ 2,8 millions de dollars pour soutenir la croissance locale. D'ailleurs, le Polisario connaît de nombreuses défections et bon nombre de cadres sont venus s'installer au Sahara occidental, car les conditions de vie sont parmi les meilleures du Maghreb. Ainsi, le Maroc met tout en oeuvre pour obtenir un résultat favorable à sa politique.
La Mission de l'ONU pour l'organisation d'un référendum est sur place depuis 1991 ; cette MINURSO a pour mission de veiller au cessez-le-feu entre les forces du Polisario et les forces armées royales marocaines et de préparer les conditions du référendum, notamment en effectuant le recensement des populations. La question clé réside dans la définition des électeurs. Les protagonistes se sont mis d'accord que seuls les descendants des personnes inscrites lors du recensement espagnol de 1974 pourront être admis à voter. Le référendum a été reporté à plusieurs reprises ; il reste encore une quinzaine de milliers de personnes à identifier. Le Maroc n'est pas pressé car le temps joue pour lui.
En effet, la RADS ne s'est imposée que par son savoir faire militaire. Or celui-ci est neutralisé par le cessez-le-feu et par le rideau défensif marocain (mur). D'autre part, depuis que l'Algérie est plongée dans une guerre civile qui n'ose dire son nom, le soutien du gouvernement d'Alger est de plus en plus discret. Il en résulte un isolement diplomatique de plus en plus important. Lors du sommet des chefs d'Etat de l'OUA à Ouagadougou (1998), la question de la présence de la RADS a été posée ; l'intervention a été houleuse, la RADS gardant son siège au sein de l'organisation, mis la question devait être de nouveau posée à Alger en 1999. Gageons qu'il n'en sera rien en raison de l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la tête de l'Algérie ; ce dernier a été le ministre des affaires étrangères de Boumediene et l'artisan de la politique anti-marocaine d'Alger dans les années soixante et soixante-dix. D'autre part, étant un homme de l'ouest algérien, il n'est certainement pas favorable à une extension du Maroc dans la région.
Mais en contrepartie, il faut noter qu'au congrès des pays non alignés, qui s'est tenu à Durban au cours de l'été 1998, la RADS a été priée de quitter la salle permettant ainsi au Maroc de siéger.
La situation évolue lentement. Des considérations économiques et politiques militent pour le rattachement du Sahara occidental au Maroc. Enfin, il est possible de se poser la question de savoir si cette question du Polisario n'a pas été montée de toutes pièces par les pays progressistes afin de faire tomber le Maroc qui était perçu comme un point d'entrée de l'Occident en Afrique. Les terrains d'aviation du Sénégal et du Maroc sont à la limite des rayons d'action des gros porteurs américains pour une intervention éventuelle en Afrique. Faire tomber le gouvernement chérifien pouvait porter, dans le contexte de la guerre froide, un coup important aux capacités d'intervention, en Afrique et au Moyen Orient, les bases africaines servant alors de relais pour le Proche et le Moyen Orient. Comme de nombreux conflits hérités de la guerre froide, la résolution de celui-ci demande du tact, du temps.

Conclusion

La politique africaine du Maroc a été entièrement dominée, depuis 1956, par la réalisation d'un Grand Maroc. Si cette politique a échoué en ce qui concerne les prétentions face à la Mauritanie et à l'Algérie, seule l'intégration du Sahara occidental reste encore possible. Le référendum, tant souhaité et si souvent reporté, devrait, si la voie de la raison l'emportait, être favorable à Rabat.
Cette hypothèque levée, le Maroc pourrait alors reprendre, dans un but plus désintéressé, sa diplomatie africaine. Le Palais dispose d'un excellent réseau auprès de nombreuses capitales du continent. De nombreux chefs d'Etat et de gouvernement ont pu compter sur l'aide et la compréhension de Rabat. Leurs relations avec le roi Hassan II sont marquées du signe de relations privilégiées, personnelles. Ils savent pouvoir compter sur l'hospitalité et l'honneur berbère. Mme Andrée Sékou Touré et la famille du président Mobutu peuvent en témoigner.
La fin de la question du Sahara occidental marquera un tournant dans la vie politique intérieure du pays. L'union nationale, autour de la monarchie ; éclatera et les dissensions seront vives, notamment au sein des oppositions. Les difficultés économiques, l'explosion démographique et le prosélytisme musulman, notamment celui des intégristes islamiques, pourraient mettre à profit cette période d'adaptation, d'autant que l'Algérie, pays voisin, traverse une crise politico-religieuse.
Cette situation sera lourde de conséquences pour l'ensemble du bassin méditerranéen car le Maroc dispose d'une triple vocation :

  1. le Maroc est l'un des principaux partenaires méditerranéens de l'Union européenne ; il est la clé d'un passage obligé sur la voie maritime d'une importance capitale, le détroit de Gibraltar. A ce titre, il est mitoyen avec l'Europe.
  2. Le Maroc constitue la limite ouest du monde arabe ; à cet effet, il entend jouer pleinement son rôle dans toutes les affaires du monde arabe. Il est l'Occident de l'Orient.
  3. Le Maroc possède une grande façade atlantique ; c'est pour les Etats-Unis un marche pied pour l'Europe et le Proche Orient. C'est par ce Maroc que les alliées, en novembre 1942, ont pris pied en Afrique avant de s'attaquer à la forteresse Europe. Le Maroc a une vocation d'ouverture vers un grand large aux multiples aspects Mais le Maroc qui constitue donc un pivot dans le système géopolitique contemporain ne pourra jouer son rôle que lorsqu'il aura le sentiment d'avoir retrouvé une partie de sa grandeur passée, c'est-à-dire qu'il aura fait la preuve de la « marocanité » du Sahara occidental.
Et dire que le Maroc est le seul Etat pré-colonial qui n'ait pas retrouvé ses limites...

Notes

1.- R. Cornevin : Histoire de l'Afrique - Payot 1962 p.38
2.- M. Magassouba : L'Islam au Sénégal : demain les mollahs ? - Karthala - 1985
3.- J. Tadlaoui : Le Maroc et l'Afrique noire These 3ème cycle d'études africaines 1981 CEAN Bordeaux
4.- Le Tourneau : Maroc Moderne - p.64
5.- cité par G. Vaucher : Sous les cèdres d'Ifrane - Julliard sd
6.-session des Cortes espagnols t.12, année 1906 N°166
7.- Coran : Sourate 40 verset 10
8.-rapport du congrès du 21 août 1956
9.- Mohamed V, roi du Maroc : Renaissance d'une nation. Imp. Royale Rabat 1957 p.149
10.- Tadlaoui J. : Maroc et Afrique noire - Thèse de 3ème cycle - CEAN Bordeaux 1982
11.- Flory M. : Chronique diplomatique - Annuaire de l'Afrique du Nord 1963
12.-Hodges T. : Sahara occidental : origines et enjeux d'une guerre du désert - L'Harmattan 1987